Les Passeurs de livres de Daraya de Delphine Minoui

Etre happée dès les premières pages d’un livre, s’imprégner de chaque phrase, de chaque mot, frissonner de peur, hurler de rage, pleurer face à tant de cruauté mais rire aussi devant l’espoir et ne plus pouvoir le refermer jusqu’à la dernière ligne. Se dire que c’était trop court mais tellement intense. Voilà l’effet que fait Les Passeurs de livres de Daraya.

Avec sa plume de journaliste, Delphine Minoui retranscrit avec justesse et précision les témoignages d’Amhad et de ses amis, révolutionnaires pacifiques en quête de liberté, qui subissent l’acharnement du régime syrien de Bachar al-Assad. Retranchés dans la ville de Daraya, un des berceaux de la résistance assiégé et bombardé de 2012 à 2016, ils communiquent avec l’auteur par les réseaux sociaux. Pour échapper à l’horreur des combats, ces jeunes résistants constituent une bibliothèque publique, dont les livres sont collectés dans les maisons en ruine. Ce livre retrace leur projet impensable et insensé dans une ville continuellement bombardée.

Contre les massacres, la peur et la faim, la force des mots est leur échappatoire. Ils se passionnent pour Victor Hugo et Amélie Poulain. Lire est aussi une forme de rébellion face à la censure du régime qui n’autorisait que les livres sur al-Assad père et fils, « représentants de dieu sur terre ». La lecture devient aussi un moyen de s’instruire, de se cultiver, de découvrir l’histoire censurée de leur pays et la répression du régime, et surtout un moyen de préparer l’avenir et de croire à la liberté. Comme le décrit très justement l’auteur, « Les livres, ces armes d’instruction massive qui font trembler les tyrans ».

L’écriture de l’auteur est percutante, chaque mot est pesé, puissant et bouleversant. L’histoire de ces jeunes qui se soulèvent pour la liberté de leur pays ébranle et révolte face au silence, voir même l’indifférence, de la communauté internationale. L’ouvrage permet d’inscrire dans le temps les témoignages de ces hommes courageux et constitue une fenêtre ouverte sur l’horreur de la guerre civile en Syrie. Un livre indispensable pour éviter les amalgames entre les Syriens et le terrorisme, et surtout pour ne pas oublier.

« Un terroriste ne s’excuse pas. Un terroriste ne pleure pas les morts. Un terroriste ne cite pas Amélie Poulain et Victor Hugo ».

Les Passeurs de livres de Daraya de Delphine Minoui, paru aux Editions du Seuil le 19 septembre 2017.


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