Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer

Une valse à deux temps, pour vivre les dernières heures de la Seconde Guerre Mondiale. C’est la fin de la guerre. Berlin se retranche, assiégée par les Soviétiques, les allemands se replient et tentent d’effacer leurs insoutenables traces. La première femme du régime, mariée au ministre de la propagande nazie, se réfugie avec ses enfants dans le bunker du Führer. « Elle s’appelle Magda Goebbels« .

Au même moment, des milliers de déportés rescapés des camps de concentration affrontent les marches de la mort alors que les Alliés se rapprochent. C’est là que l’on retrouve une autre mère, Fela, et sa fille de trois ans née à Auschwitz, Ava.

Sébastien Spitzer s’attaque à un monument historique plus qu’exploité en littérature. Son approche le différencie toutefois de beaucoup de romans sur cette période. L’alternance tout au long de lecture entre les deux camps, entre ces destins croisés que tout oppose est parfaitement réussi. D’un côté, la fin de la gloire, la défaite et le suicide. De l’autre, c’est bien au contraire une lutte constante pour survivre. Des deux côtés, les rêves quel qu’ils soient,  sont anéantis.

L’auteur réussi un dosage parfait et subtile entre les faits historiques et la fiction. Le résultat de l’Histoire et de plusieurs histoires, racontées par un journaliste, donne une vraie neutralité quant à cette femme éprise de pouvoir, prête à sacrifier sa famille pour la gloire et éviter de vivre dans la défaite du nazisme. Sébastien Spitzer ne tente pas de la comprendre ou de faire preuve d’empathie envers cette femme qu’un homme appelle pourtant « ma fille ».

Le pouvoir d’un seul homme. Au-dessus. Au-dessus des autres. C’était sexuel. Absurde, aussi. Magda avait bien observé cet homme. Elle l’avait même envisagé. Pas lui. Mais ce qu’il incarnait. Celui qui restait droit quand les autres le buvaient. Celui qui les faisait crier. Sa place à elle était là-haut. Au-dessus. Elle méritait l’estrade, la droite du chef. Elle aimait qu’on la regarde. Bientôt ce serait son tour… Qu’il était laid sans foule. Mais il y avait la foule

C’est dur, c’est brute, on prend une claque tant l’histoire de Fela et Ava est bouleversante. On s’y attache comme elles s’accrochent à la vie avec espoir et amour, malgré tant d’atrocités. Un magnifique premier roman, très prenant. Un tout petit bémol cependant, j’ai trouvé que les pensées et paroles d’Ava étaient trop matures pour une enfant de 3 ans, même née dans les camps…

Ces rêves qu’on piétine de Sébastion Spitzer, publié aux Editions de l’Observatoire le 23 août 2017.


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